Photographie de rue à Madrid : transformez la frustration en créativité !
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Ce qui suit est une transcription de la vidéo ci-dessus.
Salut tout le monde ! Bienvenue dans un nouvel épisode de Travailler la scène", notre série où on vous partage astuces, techniques et expériences autour de la photographie de rue sur le terrain.
Et aujourd’hui, direction Madrid ! La capitale espagnole revient assez peu souvent dans les classements des villes les plus propices à la pratique de la street photo, et pourtant, elle déborde d’énergie et offre un décor incroyable pour nous, passionnés de photo de rue. Mais cette fois, un élément imprévu s’est glissé dans les plans de Carolina et moi : la météo ! Et vous savez ce que ça veut dire : improvisation, créativité… et un soupçon de frustration, évidemment.
En octobre dernier, on a exploré une Madrid entre lumière douce et averses imprévues. Pas toujours simple de capturer l’instant parfait, mais plutôt que de subir, on a essayé de relever le défi. Dans cet épisode, on vous montre comment transformer les caprices du temps en opportunités : gérer la lumière changeante, même quand le ciel fait des siennes. Alors, prêts à découvrir nos astuces et voir Madrid sous un autre angle ? Allez, c’est parti !
S’adapter à la lumière
La lumière et l’ambiance changent constamment, et ces variations peuvent transformer une image. C’est d’ailleurs ce que j’adore dans la photographie de rue : la possibilité de s’adapter et de réagir à chaque condition lumineuse. Quand nous avons décidé de venir à Madrid, ce qui nous séduisait particulièrement, c’était cette lumière si caractéristique de la ville. Une lumière dorée, à la fois douce et intense, qui inonde certaines avenues au petit matin, sculptant des ombres marquées sur les bâtiments et sublimant les passants.
Au cours de nos cinq jours sur place, nous avons eu la chance de capturer cette atmosphère magique. Mais la météo, capricieuse, nous a aussi réservé des journées souvent nuageuses, parfois même pluvieuses, chamboulant nos attentes. Pourtant, c’est là que réside toute la richesse de la photographie de rue : apprendre à s’adapter. Ces conditions, bien que déconcertantes, se sont révélées être de véritables alliées, offrant des opportunités créatives inattendues.
En photographie de rue, on apprend vite à composer avec la lumière disponible. Un ciel gris et nuageux offre une lumière douce et diffuse, idéale pour le noir et blanc. Sans la distraction des couleurs, il devient plus facile de jouer avec les formes et les lignes, de capter l’essence même d’une scène. C’est là que réside la beauté de la street photo : chaque instant peut être capturé de mille manières, selon l’éclairage du moment. La météo dicte la tonalité de l’image, et cette flexibilité transforme les défis en opportunités.
Le noir et blanc permet de se concentrer sur l’essentiel : formes, lignes, ombres, textures… À Madrid, l’architecture brute, les murs texturés, les pavés deviennent un terrain de jeu pour les contrastes. Un simple coin de rue peut se transformer en une composition graphique forte.
À l’inverse, quand la lumière devient plus directe, la couleur prend tout son sens. Elle raconte une histoire instantanément, donne une chaleur et une intensité qu’on ne pourrait pas retransmettre en monochrome. La couleur est une richesse. Les nuances chaudes du soleil couchant, le rouge et le jaune des façades madrilènes, la palette des vêtements des passants… Chaque détail coloré apporte de la vie à l’image et renforce l’émotion.
Mais noir et blanc et couleur ne sont pas opposés, bien au contraire, ils se complètent. L’un oblige à explorer la composition et les contrastes, tandis que l’autre enrichit l’image avec une dimension émotionnelle. Ensemble, ces deux approches racontent la même histoire, chacune à sa manière. La photographie de rue, c’est avant tout un défi constant : capturer la lumière, jouer avec les conditions et sortir de sa zone de confort. Noir et blanc ou couleur, il ne s’agit pas de choisir, mais de les faire coexister. Mêler la force du noir et blanc avec la richesse de la couleur permet d’enrichir encore plus notre regard.
La technique au service du discours
Alors, parlons un peu de technique. La créativité ne réside pas uniquement dans la composition ou le moment capturé, mais aussi dans les outils qu’on utilise. Avec les appareils Fujifilm, une des fonctionnalités que j’adore, c’est les simulations de films. Je l’avais brièvement évoqué lors de notre vidéo précédente tournée à Naples (inclure lien vidéo Naples), mais aujourd’hui, je vais rentrer davantage dans les détails. Ce n’est pas une collaboration avec la marque, mais il me paraissait important d’en parler, car aujourd’hui ça fait partie de ma pratique.
Ce qui est stimulant avec ces simulations, c’est qu'elles permettent d’appliquer des effets de film spécifiques, inspirés des célèbres pellicules Fujifilm, en couleur ou en noir et blanc, directement sur l’appareil, sans avoir à passer par la case retouche en post-production. En fonction de l’ambiance recherchée, on peut choisir un mode qui apporte une texture, une tonalité, ou une atmosphère particulière, tout ça en temps réel. Il est même possible de personnaliser ces simulations en ajustant certains paramètres et de les sauvegarder pour un usage futur.
Contrairement aux filtres Instagram, les simulations de pellicule Fujifilm ne sont pas de simples filtres appliqués sur une photo. Elles modifient le traitement des données par le processeur de l’appareil pour recréer un rendu analogique authentique. C’est pour cela que les images obtenues avec ces simulations sont comparables à un résultat de retouche avancée. Personnellement, je travaille de plus en plus en JPEG, car cela me permet de retrouver une sensation proche de l’argentique, presque comme si la photo était déjà développée. Mais ces simulations peuvent aussi être appliquées a posteriori sur les fichiers RAW, ce qui permet de retrouver le "film" en post-production dans un logiciel comme Lightroom, tout en conservant la flexibilité du format brut.
Sur le terrain, comment ça se passe ? Imaginez une rue sous un ciel bleu éclatant, avec une scène pleine de vie. Le mode Velvia va donner des couleurs ultra-saturées et des contrastes marqués, parfaits pour capter l’énergie du moment. À l’inverse, pour un rendu plus intemporel et dramatique, le mode noir et blanc Acros va faire ressortir les détails et les textures, en supprimant la distraction de la couleur. Et c’est là que ces simulations prennent tout leur sens : en quelques secondes, on peut passer d’un mode ultra-coloré à un noir et blanc contrasté, selon l’émotion qu’on veut transmettre. Tout ou presque est déjà fait dans l’appareil, ce qui permet un gain de temps énorme et une vraie liberté créative. Certains pourraient penser que cela limite les possibilités, mais pour moi, cela me rend meilleur. C’est une manière plus instinctive de photographier, d’essayer d’atteindre une vérité du terrain.
En photographie de rue, chaque instant compte. Il faut être réactif, et ces simulations permettent d’adapter instantanément le rendu à la scène, sans perdre de temps en post-production. Une fonctionnalité que j’ai découverte à Madrid, c’est la possibilité de créer jusqu’à trois versions d’une même photo (inclure les essais), ce qui est idéal quand on hésite sur le rendu final et qu’on veut garder une marge de manœuvre.
Cette approche s’est vraiment développée quand je suis passé du reflex à l’hybride. Voir en temps réel dans le viseur le rendu de la lumière, des ombres et des textures change complètement la manière de photographier. C’est aussi une façon d’être plus connecté à son sujet, avec un capteur qui devient le prolongement du regard. Et pour ceux qui n’ont pas de Fujifilm, pas de souci ! La plupart des autres marques proposent aussi des modes noir et blanc ou couleur intégrés. Dites-moi en commentaire si vous utilisez une fonctionnalité similaire sur un autre modèle, et comment cela influence votre vision photographique.
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L’erreur comme possibilité créative
Un autre point crucial en photographie de rue, c’est que parfois, ce que l’on considère comme une "erreur" peut se transformer en une véritable opportunité créative. On a souvent tendance à rechercher une image parfaite, mais la beauté et l’intérêt de la photographie résident aussi dans l’imprévu, dans ces moments où la technique échoue. Prenons l’exemple d’une photo floue. En général, on pourrait la jeter sans hésiter, car la netteté est souvent considérée comme un pilier fondamental. Mais ne supprimez jamais une photo sur le moment ! Même si elle vous paraît ratée. Parfois, cette imperfection peut apporter une dimension poétique, ajouter du dynamisme à la scène, et donner une sensation de mouvement et d’émotion, comme si la photo racontait une histoire vivante.
Lorsque Caro et moi étions à Madrid, j’ai manqué des clichés, j’ai eu du flou dû à un mouvement brusque ou un changement d’angle trop rapide. Pourtant, en y repensant, ces erreurs ont souvent ajouté quelque chose d’encore plus précieux : une dimension humaine. Ce flou n'était pas simplement un accident, mais une autre façon de capturer l’instant, plus organique et spontanée.
En street photo, chaque instant est éphémère. Il est impossible de tout maîtriser parfaitement. Le mouvement, l’instabilité, le flou peuvent être perçus comme des défauts, mais ils permettent aussi d’embrasser une autre vision de la scène. Ce qui semble être une erreur technique peut en réalité ouvrir la porte à un style plus personnel, une manière de capter l’essence même de l’instant, plutôt que de chercher une précision clinique. Et au fond, c’est ça ma vision de la photographie de rue : saisir la vie dans toute sa spontanéité et ses imperfections. Un instant figé peut sembler parfait, mais souvent, c’est dans le flou, dans la lumière "ratée", dans les mouvements incontrôlés que réside une beauté inattendue. Cela nous pousse à explorer des styles plus expérimentaux, plus personnels, au-delà des règles établies.
Ces erreurs ne sont pas des échecs, elles ouvrent de nouvelles perspectives. Elles peuvent devenir des éléments visuels forts, qui racontent quelque chose de plus profond, qui transmettent l’énergie de la rue et révèlent un monde en perpétuel mouvement. L'imperfection en photographie, loin d’être une faiblesse, est une richesse. Dans un monde obsédé par la perfection, c’est presque un acte de résistance. Alors, embrassez-la ! Elle libère l’expression, nous invite à dépasser les règles établies et à faire de l’erreur un tremplin vers de nouvelles explorations.
Le choix du format, l'art de composer
Un autre choix que j’ai fait pour ce voyage à Madrid, comme je l’avais fait à Naples, c’est d’utiliser à de nombreuses reprises le format carré, qui me permet de revenir à une approche plus simple, plus épurée. C’est un format que j’ai commencé à utiliser il y a plusieurs années, lors de l’épidémie de COVID, dans mon travail plus personnel, documentaire, dans des zones rurales. Aujourd’hui, je l’utilise de plus en plus en photo de rue. Cela me force à penser différemment au cadrage, à la composition, et à la manière dont je vais organiser l’image.
Même si, avec l’avènement des smartphones, les choses ont un peu changé, le format classique de la photographie de rue reste aujourd’hui le 3:2, héritage des pellicules 24x36 de la photographie argentique. Ce format, assez flexible, convient parfaitement aux scènes larges, capturant davantage de mouvement et de détails. À l'inverse, le format carré impose une contrainte, et c’est précisément cette contrainte qui me séduit, car elle force à concentrer mon attention ainsi que celle du spectateur en éliminant les distractions latérales. Dans un cadre carré, chaque élément doit être disposé avec soin, car il n'y a pas de place pour les zones mortes.
Le format carré me permet d'isoler davantage un sujet, de le mettre en valeur sans qu'il soit noyé par son environnement. Avec moins de place pour les éléments superflus, on revient à l’essentiel, ce qui donne à l'image une force et une intensité accrues. Cette ‘visée de l’essentiel’ comme je l’appelle est ce qui nourrit aujourd’hui ma réflexion sur le temps long. Ce cadrage plus rigide transforme chaque photo en une étude visuelle, où l'équilibre entre les éléments devient crucial. Parfois, il suffit d'un geste, d'un regard, d'un détail dans la rue — le format carré me permet de concentrer toute l'attention là-dessus, sans aucune distraction.
Ce choix a aussi un effet intemporel sur les images. Le format carré évoque un peu une sensation de nostalgie, nourrie de photos anciennes, comme si l’image était figée dans une autre époque. C’est un format qui est souvent associé aux anciennes images de portrait, ou aux premières photos de street photography des années 50 et 60, où l’on voyait beaucoup de compositions géométriques et symétriques. Utiliser ce format aujourd’hui me permet de créer une sorte de décalage temporel. Même en capturant une scène contemporaine, je peux donner l’impression que cette photo pourrait appartenir à un autre temps, à une époque révolue. Ce côté intemporel renforce cette idée, trompeuse il est vrai, de l’éternité du moment photographié.
Dans une ville comme Madrid, tumultueuse, le format carré permet de figer une portion réduite de cette effervescence de manière calme et réfléchie, comme un symbole. C’est un peu comme si, en réduisant le cadre, on pouvait capturer l’essence d’un moment avec plus de force, de simplicité. Finalement, le format carré me permet de donner une nouvelle manière de voir et de raconter les histoires de la rue. Ce format ne cherche pas à capturer l’ampleur d’un environnement, mais à isoler ce qui est significatif, ce qui fait le cœur de l'instant. C’est une contrainte, mais une contrainte qui ouvre un champ de possibilités créatives infini.
La nuit
Madrid la nuit… un univers à part. À mesure que le soleil disparaît, la ville se transforme, révélant un tout autre visage. Les grandes artères, encadrées par toute une série d’immeubles à l’architecture néoclassique, deviennent le théâtre d’un jeu incessant entre ombre et lumière. Les néons éclatants, les vitrines illuminées, les écrans publicitaires, tous diffusent une lumière artificielle qui métamorphose la rue jusqu’à saturation. Capturer cette atmosphère nocturne, c’est saisir la ville dans son tumulte, son chaos, mais aussi ses instants suspendus.
J’ai cherché ici à renouveler mon regard, à expérimenter une esthétique plus graphique, parfois abstraite, toujours en noir et blanc. Cela s’est notamment traduit par une mini-série verticale où j’ai photographié les passants en contre-plongée, de très près, souvent flous, éclairés par les grandes enseignes lumineuses. J’ai utilisé la verticalité pour les encadrer ou les intégrer dans des lignes dominantes pour renforcer la composition. Ces clichés mettent en lumière la verticalité des grandes avenues de Madrid, ce caractère ascensionnel qui semble gravé dans l’identité de la ville, à l’image de cette phrase répétée à l’envie “De Madrid al cielo, de Madrid au ciel”.
Dans ces mêmes lieux, j'ai parfois actionné l'appareil en rafale, utilisant les écrans lumineux comme une toile de fond abîmée, manipulant les effets de flickering et fragmentant ces figures devenues presque mortifères. Je cherchais à capter le tumulte de la ville, mais cette fois à l’horizontale, jusqu’à ce que l’écoeurement visuel m’envahisse. Cette approche, influencée par des photographes tels que Daido Moriyama ou William Klein, m’a poussé vers un style brut, où flou, contrastes extrêmes et esthétique quasi-viscérale se mêlent. Ces instants capturés sur le vif parviennent à restituer la frénésie d’une certaine nuit madrilène, qui pourrait être celle d’autres grandes mégapoles, un moment où l’artifice et la réalité s’entrelacent dans une même hallucination.
Tout en pratiquant une photographie du laisser-aller, photographier la nuit dans ces conditions m’a demandé de manoeuvrer certains aspects techniques précis. La faible luminosité oblige à jongler avec des paramètres tels qu’une sensibilité ISO élevée pour capter la lumière, une large ouverture pour isoler le sujet, et une vitesse d’obturation ajustée pour capturer l’instant sans un flou non voulu, excessif. Cependant, j’ai parfois choisi d’embrasser à nouveau ces imperfections – mouvements flous, bruit numérique – comme une partie intégrante de mon esthétique nocturne. Ces "erreurs" renforcent là-encore ce caractère spontané et imprévisible de la photographie de rue comme elle est ici pensée.
Car la nuit, chaque source de lumière prend des airs de protagoniste : les phares des voitures, les reflets dans les vitrines, ou encore les ombres projetées par les passants. Ces éclats lumineux orchestrent un jeu incessant entre lumière et obscurité, un équilibre précaire qui insuffle une dimension cinématographique à certaines images. Un effet amplifié, à mes yeux, par l’utilisation d’un noir et blanc accentué, qui confère à chaque scène une intensité presque palpable, comme un fragment suspendu entre rêve et réalité.
Ensemble, ces diverses séries nocturnes, amorcées sur la fin du séjour, ouvrent de nouvelles perspectives que j’aimerais approfondir lors d’une prochaine visite. La richesse visuelle et émotionnelle de Madrid la nuit mérite d’être explorée davantage, avec une approche plus structurée et thématique. En attendant, ces images nocturnes témoignent d’un premier pas vers une esthétique plus viscérale, intuitive, et libre. Madrid la nuit, est ainsi pour l’espace d’un instant devenue une autre ville, presque irréelle – un défi technique, mais surtout une immense liberté créative.
Conclusion
Que ce soit en noir et blanc, en couleur, ou en jouant avec la lumière de la nuit, chaque approche raconte une histoire unique. La ville devient une scène vivante où chaque instant mérite d’être capturé à sa manière. La photographie de rue, ce n’est pas qu’une technique, c’est un état d’esprit. Voilà des thèmes dont nous parlerons lors de notre stage photo à Madrid, début mai. Comme toujours, toutes les infos sur ce workshop sont à retrouver en description et sur notre site !
Voilà, merci d’avoir suivi cet épisode. Si cette aventure madrilène vous a plu, partagez vos retours, vos expériences et, bien sûr, vos photos. À bientôt pour une nouvelle exploration !
Jack Solle & Carolina Luna
Fondateurs de Préludes Photo, nous sommes férus de photographie de rue, de voyage et de paysage, et transmettons notre passion pour la narration visuelle à la croisée de nombreux chemins photographiques dans les formations que nous proposons en France et à l’étranger.