Naples, un poème urbain pour les photographes de rue
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Ce qui suit est une transcription de la vidéo ci-dessus.
Salut à tous ! Ici c’est Jack et Caro de Préludes. On commence cette année 2025 en beauté avec une escale en Italie, et plus précisément à Naples, une ville où nous avons eu la chance de voyager deux fois l’année dernière.
Dans ce nouvel épisode de notre série Travailler la Scène, on vous emmène découvrir les multiples facettes de la capitale de la Campanie, avec un focus particulier sur ses opportunités uniques pour les photographes de rue.
Et si vous découvrez notre chaîne pour la première fois, bienvenue ! Ici, on vous fait voyager et réfléchir à votre pratique de la photo à travers des vidéos tournées à Marrakech, La Havane, Istanbul, et bien d’autres destinations. Alors, pensez à vous abonner pour ne rien manquer. Mais pour l’heure, direction Naples, pour un voyage riche en émotions.
Photographier l’essence de Naples
Il y a beaucoup à dire sur cette ville pas tout à fait comme les autres. Naples, c’est un poème urbain, brut et vibrant. Dans ses ruelles, les graffitis racontent des histoires, les banderoles flottent comme des drapeaux de fête, et les cordes à linge tendues entre les immeubles dansent au rythme du vent. Partout, les visages de Maradona et de la Vierge veillent. Les scooters filent à toute allure dans un chaos joyeux. Ce bouillonnement incessant, c’est Naples dans toute sa splendeur.
Ce qui nous a frappés dès notre arrivée à Naples, c’est son incroyable personnalité, inimitable. Parce qu’après tout, comme les gens, chaque lieu a ses traits marquants, ces petits détails qui le rendent différent de tous les autres…
Enfin, c’est comme ça qu’on le voit. Dans cette vidéo, on a voulu explorer et mieux comprendre cette personnalité unique, en partageant ce qu’on a vécu : les endroits qu’on a vus, les scènes qui nous ont marqués, et bien sûr, les moments qu’on a capturés.
Il serait difficile de parler de Naples sans mentionner son architecture unique. Les bâtiments anciens, les ruelles pavées, ses églises imposantes et les panoramas côtiers offrent des décors magnifiques pour photographier l’humain. La lumière, souvent tamisée par la chaleur ou les nuages, donne à chaque scène une atmosphère presque envoûtante.
L’architecture de Naples, avec ses façades usées par le temps et ses angles surprenants, constitue une toile de fond idéale pour jouer avec les contrastes entre l’homme et son environnement. Que ce soit en capturant une silhouette plongée dans l’ombre d’une porte ou en exploitant les perspectives d’une ruelle étroite, l'architecture napolitaine se transforme en un protagoniste à part entière de l’histoire que vous souhaitez raconter.
Le linge suspendu entre les balcons est un détail impossible à manquer. C’est une scène simple, mais qui montre toute la beauté de Naples. Ce geste quotidien, presque ordinaire, devient quelque chose d’unique quand on le regarde avec un appareil photo. Ces cordes à linge créent des lignes et des cadres naturels qui allègent le poids des vieilles façades. Un simple étendage, entre deux fenêtres, peut devenir un jeu de composition entre les formes, les contrastes et les couleurs.
Dans les ruelles étroites, la vie s'exprime à chaque coin de rue. Ici, comme dans beaucoup de villes latines et méditerranéennes, les voix s’élèvent en permanence. Les habitants échangent, souvent d’un bout à l’autre de la rue, sans même se déplacer. Ces conversations passionnées, ces gestes amples, créent une atmosphère unique qui fait le bonheur de tout photographe de rue. Chaque interaction, chaque sourire partagé, capture l’essence de Naples : une ville où les connexions humaines sont spontanées, intenses et toujours très proches. C’est cette énergie, ce lien entre les gens, qui donne à la ville son identité.
Un des défis ici, c'est la gestion de l’espace. Pour bien isoler nos sujets, on utilise plusieurs techniques, et la première, c’est la profondeur de champ. En jouant avec une faible profondeur de champ, on peut mettre en avant un seul sujet et flouter le reste, pour éviter qu’il ne nous distraie. Cela fonctionne pour une scène, un portrait, ou même un petit détail. Aussi, comprendre la lumière et repérer les zones d’ombre est important pour créer des contrastes. Si on place bien notre sujet, la lumière peut vraiment le mettre en valeur.
Les motos et autres scooters sont l’un des éléments les plus iconiques de Naples. Ces moyens de locomotion sont omniprésents, presque invincibles dans le chaos du trafic. Que ce soit pour se faufiler entre les voitures dans les rues étroites ou pour zigzaguer à travers les places bondées, ils sont indispensables, mais aussi un symbole de la liberté et de la rapidité qui caractérisent la ville. Pour les photographes de rue, ces engins offrent une source infinie de dynamisme. Ils créent des lignes diagonales, des mouvements rapides, des jeux d’ombres et de lumières. Qu’il s’agisse d’une moto traversant un marché animé ou d’une silhouette se profilant en arrière-plan d’une vieille ruelle, les deux-roues contrastent vivement avec l'architecture ancienne de la ville.
Et si vous voulez photographier la ville sous son vrai jour, il faut aussi savoir capter les moments de rencontre, ces visages marqués par la vie, ces sourires accueillants. Que ce soit un vendeur de rue qui vous fait signe ou une vieille dame devant sa porte, Naples est une ville où la conversation et le contact humain sont essentiels. Bien sûr, il faut respecter l’intimité des gens. Mais il est néanmoins possible, parfois, de saisir un instant partagé, une complicité silencieuse, à travers un portrait ou une scène de rue. Ce type de photographie demande cependant une approche plus discrète, mais aussi une certaine capacité à capter l’émotion dans l’instant, ce qui n’est pas toujours facile.
Enfin, les marchés de Naples sont un autre terrain de jeu idéal pour les photographes de rue. Ils sont l’incarnation même de la vie locale : bruyants, colorés, et pleins d'énergie. Que ce soit sur le marché de Pignasecca ou dans les petites ruelles de Spaccanapoli, les étals débordent de produits frais, de poissons frétillants, de fruits et de légumes en abondance, comme tout autant d’opportunités de capturer des textures, des couleurs et des scènes animées. Les marchés sont aussi un lieu où les rencontres se multiplient et les commerçants échangent avec les passants, les clients discutent des prix. C’est un lieu idéal pour expérimenter des compositions serrées, des détails rapprochés ou des plans larges où l’on fera ressentir le tumulte de la vie quotidienne.
Le football et Maradona
Impossible de parler de Naples sans évoquer le lien unique que la ville entretient avec Diego Armando Maradona, célèbre footballeur argentin disparu en 2020. Son héritage dépasse de loin le sport : il est dans les graffitis, les portraits, les hommages spontanés. Chaque Napolitain semble porter une part de lui, non seulement pour ses exploits sur le terrain, mais pour ce qu’il représentait.
Maradona était bien plus qu’un joueur de football. À une époque où Naples était marginalisée, éclipsée par les grandes villes du nord, son arrivée en 1984 a été perçue comme un acte de résistance. Sous sa conduite, le Napoli a remporté des titres historiques, offrant à la ville un sentiment de puissance et de dignité. Il incarnait la rébellion, la lutte contre un destin souvent jugé injuste. Il n’a pas seulement rapporté des trophées ; il a donné à Naples un héros, une fierté, une identité.
Maradona a été bien plus qu'une simple légende du football pour moi. En tant qu'Argentine, j'ai grandi avec lui. Il faisait partie de mon quotidien, de ma culture, presque un demi-dieu dont chaque geste était une source de discussion, d'admiration et souvent même de polémique.
Son enfance pauvre fait écho à celle de nombreux Napolitains. Malgré ses origines modestes, il s’est battu pour s’imposer, surmontant les obstacles. C’est peut-être pour cela qu’il a été accueilli ici comme un roi. Ce lien avec Maradona n'était pas unique à l’Argentine, mais ici, à Naples, il résonne aussi très fort. Quand je suis arrivée, j'ai vu à quel point la ville le vénérait. C'est comme un héritage commun, un fil invisible qui relie Naples et Buenos Aires, ma ville natale, toutes deux façonnées par l’immigration et par des vies souvent marquées par la dureté.
Mais Maradona, avec son tempérament flamboyant, était aussi une personnalité controversée. Ses virées nocturnes dans Naples, ses excès et ses fréquentations douteuses faisaient les gros titres. Dans cette capitale volcanique, où la passion pour le football rivalise avec la dureté de la réalité, il était presque inévitable qu’un personnage aussi charismatique que lui croise le chemin de figures issues de la pègre locale. À l’époque où Naples vivait pleinement sous l’influence de la mafia, dont le pouvoir s’étendait bien au-delà des marges criminelles, Maradona, figure adorée et fragile, était à la fois un héros populaire et une proie facile pour les tentations et les influences de cette Naples souterraine. Ces ambiguïtés, bien que gênantes, font partie intégrante de son histoire ici.
Et aujourd’hui ? Une autre contradiction frappe : la surexploitation commerciale de son image. Partout dans Naples, on trouve des maillots, des posters, des mugs, et même des sanctuaires improvisés à son effigie. Maradona, de son vivant, n’était pas opposé à ce type d’exploitation. Mais à force de multiplier les produits et les hommages, ne risque-t-on pas de diluer ce qu’il représentait réellement ? Ce héros rebelle, à la fois homme des masses et homme de l’ombre, est-il en train de devenir une simple icône touristique ?
Pour un photographe de rue, capturer Maradona à Naples ne se résume pas à photographier son image sur des fresques ou des objets souvenirs. C’est explorer la complexité de ce lien : un homme imparfait, célébré par une ville tout aussi contrastée.
Dans les rues, chacun de ses portraits raconte une histoire. Il y a les enfants jouant sous ses images, des cafés où l’on débat encore de ses exploits, ou ces vitrines débordantes de produits à son effigie. Mais il y a aussi les ruelles où son visage s’efface lentement, comme si le temps cherchait à rééquilibrer cette adoration quasi religieuse.
Maradona, bien qu’originaire d’ailleurs, a été adopté comme un fils par Naples. Mais ce lien va au-delà de l’amour : c’est un mélange de passion, de contradictions et de commerce, un reflet de la ville elle-même. Pour saisir cette relation, il faut capturer l’alchimie entre le sacré et le profane, la lumière et les ombres, cette légende vivante qui fait encore vibrer l'âme de Naples.
Une cité des croyances
Vous l’aurez compris, dans cette ville, la foi n’est jamais bien loin. Elle s’impose à chaque coin de rue : des statuettes de saints, des Madones protectrices, des crucifix suspendus au-dessus des portes, de petites alcôves encastrées dans les murs des bâtiments...
Ces symboles religieux incarnent une dévotion profonde, un lien spirituel qui traverse les générations et façonne la vie quotidienne des habitants. Cette ferveur religieuse et le culte de Maradona ne sont ainsi pas si éloignés. Chacun à sa manière, ils sont les marqueurs d’une quête de sens et de réconfort.
Mais ce qui rend Naples vraiment unique, c’est son caractère personnel, sa subjectivité. Ici, la religion ne reste pas dans la sphère privée, elle investit l’espace public, les rues, les places, les marchés. La foi se vit au grand jour. Les prières chuchotées dans les petites églises, les baisers déposés sur les statues… Et même cette dévotion envers Maradona dont on vient de parler, tout cela fait partie d’un rituel, tout porte en soi une sorte de sacré. Même si nous n’avons pas eu l’occasion d’assister aux grandes fêtes religieuses comme celles de San Gennaro, il suffit de se promener dans la ville pour percevoir l’intensité de la dévotion populaire. Les Napolitains vivent leur foi à chaque instant, dans la rue, dans les gestes quotidiens, et c’est cette énergie palpable que nous cherchons à capturer à travers nos images. Dans les rues de Naples, vous remarquerez un élément discret mais omniprésent : de petits autels miniatures, qui abritent des statues de la Vierge Marie ou de saint Gennaro, le saint patron de Naples, profondément vénéré ici. Mais ces niches ne sont pas seulement des décorations.
Elles sont souvent accompagnées de messages personnels de gratitude, de souvenirs ou bien de photos de défunts. Elles sont souvent entourées de néons fluo, de guirlandes lumineuses, et de petites décorations souvent kitsch : des fleurs artificielles, des rubans colorés, des bougies… Tout un décor qui contraste étonnamment avec le sacré des statues qu’elles abritent. En voilà des éléments importants à saisir, à immortaliser, pour montrer à quel point la religion et la ville sont indissociables.
Prenons les croix, par exemple, omniprésentes : celles suspendues aux fenêtres, celles gravées dans les murs, ou parfois même intégrées dans les pierres des bâtiments. Simples mais puissantes, elles sont un excellent point de départ pour une composition photographique. Elles attirent le regard, créent des lignes qui naturellement dirigent l’œil et peuvent être capturées de manière à interagir avec les autres éléments urbains, qu'il s'agisse des ombres des passants ou des textures des murs.
Les statues, elles, se trouvent souvent dans des coins tranquilles, dans des autels ou dans les cours intérieures de certaines maisons. Les inclure nous permet de capturer à la fois ferveur et spiritualité. La nuit, les néons jouent un rôle essentiel, créant un effet qui confère à la scène une dimension cinématographique. Spectacle vivant, la foi est ici un phénomène en perpétuel mouvement, jamais figé, soutenant cette vitalité éclatante, ce mélange unique de croyances anciennes et de réalité moderne, qui fait de Naples une ville à la fois intemporelle et résolument actuelle.
Naples vous fait de l’œil ?
Ça tombe bien, c’est une ville que nous explorons de manière régulière dans nos stages photo !
La place des corps
Quand on parle de Naples, on parle aussi des corps. À Naples, le corps est plus qu'un simple moyen de se déplacer ; il est un acteur, un témoin et un amplificateur de l'énergie de la ville. La gestuelle, l'expression corporelle et l'attitude sont au cœur de la vie quotidienne. Si vous avez passé du temps dans les rues de Naples, vous l'avez sûrement remarqué : les Napolitains parlent avec leurs mains, leur posture.
Les gestes sont omniprésents dans la communication. Une émotion, une pensée se traduit presque à coup sûr par un mouvement, un regard. Que ce soit l’indispensable "Che vuoi", avec sa main formant un cône pointant vers le haut et son mouvement sec du poignet, ou ces gestes plus subtils mais tout aussi puissants qui accompagnent les conversations, ils traduisent avec éloquence ce que les paroles peinent parfois à dire.
Ces gestes ne sont pas juste un accompagnement des mots, ils font partie du message. Ici, on exprime toujours ce que l’on ressent, avec chaque mouvement du corps. Quand on quitte le bruit des rues et qu’on va vers la mer, le paysage change, mais l’énergie reste la même. Là-bas, près de l’eau, on voit parfois des gens assis sur des chaises en plastique, ou sur des rochers, leurs corps bronzés par le soleil.
C'est un spectacle fascinant : la ville vivante, énergique et bruyante rencontre la mer calme, mais dans chaque posture, chaque regard, il y a une forme de continuité dans cette expressivité napolitaine. Les tatouages, souvent présents sur ces corps bronzés et marqués par le soleil, font partie de cette histoire. Ils ne sont pas seulement des décorations, mais une véritable extension de l'identité de Naples.
La mort dans la peau
Naples, comme beaucoup de grandes villes, entretient une relation particulière avec la mort. Mais ici, elle ne s'efface pas ; elle se tisse intimement avec la vie, comme une présence constante, parfois même bienveillante. Ce qui rend cette relation unique, c'est le Vésuve, ce gigantesque volcan qui surplombe la ville. Il est un monument silencieux, à la fois protecteur et menaçant, une force de la nature qui rappelle à chacun la fragilité de l'existence.
Le Vésuve incarne la menace d'une fin imminente, toujours à l'horizon, mais il est aussi la source de fertilité pour ces terres. La ville et ses habitants vivent dans un équilibre fragile, conscients que la beauté de Naples, sa vitalité et ses passions, pourraient un jour être englouties par la lave et les cendres. Pourtant, cette proximité avec la mort confère à Naples une légèreté particulière, une intensité de vivre qui se manifeste dans chaque sourire, chaque fête, chaque mouvement dans la rue.
Les habitants vivent avec cette dualité profonde : la vie et la mort s'entrelacent dans leurs gestes, leurs croyances, et ce, jusque dans la décoration de leurs maisons. Dans les ruelles, les autels dédiés aux saints côtoient des sculptures de crânes et des objets en hommage aux défunts. Ces éléments forment une réponse audacieuse à la mort : une manière de l’affronter avec joie, ironie et tendresse, transformant l’éphémère en célébration.
Il y a aussi ce regard constant vers le Vésuve, cette montagne de feu. La ville respire la vie avec une énergie folle, mais elle vit à l'ombre du volcan, qui influence tout : comment la ville se construit, se détruit et se reconstruit. Ce paradoxe entre l’intensité de la vie et la menace permanente de catastrophe forme l’âme de Naples. Peut-être est-ce cette proximité avec la mort qui pousse les Napolitains à célébrer la vie avec autant de force, d’ardeur et de folie.
L'histoire de la ville, marquée par la peste, les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale, et les tragiques violences des mafias et de la police, fait naître une conscience aiguë de la fragilité de la vie. La mort ici n'est pas une étrangère : elle fait partie du quotidien, mais aussi d'un processus d'initiation. Cette idée est notamment symbolisée par Pulcinella, un personnage emblématique de la comédie napolitaine, qui incarne la mort sous un masque de gaieté.
Séries des participants
Après une première visite en mai dernier, nous sommes retournés à Naples en octobre, pour animer un workshop photo sur place, accompagnés d’un groupe de photographes talentueux. Nous les avons guidés dans la création de séries originales, chacune témoignant d’une approche singulière. Nous ne pouvions pas manquer l’occasion de partager avec vous un aperçu de leurs travaux. En effet, chaque participant a su, avec une sensibilité unique, s’approprier les thèmes complexes et fascinants de Naples. Leurs œuvres reflètent non seulement la richesse de cette ville, mais aussi une diversité d’interprétations, soulignant l’infinité des façons de raconter ce territoire à travers l’objectif.
Nicole a construit une série autour de la religion et de Maradona, deux piliers de l’identité napolitaine. Ses images en noir et blanc, baignées d’une lumière mélancolique, traduisent une atmosphère de ferveur mystique et de dévotion. Elle y capte des instants empreints de mystère, où l’humain et le sacré se rencontrent dans des scènes d’une grande intensité émotionnelle.
Ali, quant à lui, a choisi une approche vibrante et sensorielle, se concentrant sur des gros plans où les couleurs éclatantes, les lumières chaudes et les textures du quotidien napolitain prennent vie. Ses photos explorent les gestes emblématiques, les expressions et les symboles inscrits dans l’âme de la ville. À travers ses clichés, il révèle le lien indissociable entre les personnages et l’atmosphère qui les entoure, témoignant de l’énergie et de l'identité profonde de Naples.
Amancio a mis en avant l’importance de Maradona dans la culture napolitaine. Sa série s’interroge sur l’aura presque divine de cette figure légendaire, non seulement comme idole sportive, mais aussi comme symbole d’un espoir collectif. Il joue avec les représentations populaires de Maradona et les relie au vécu des Napolitains, dans une esthétique résolument street.
Sylvaine a exploré une voie à la fois thématique, sensorielle et esthétique en travaillant sur des diptyques associant portraits et façades. Ces juxtapositions établissent un dialogue subtil entre l’humain et la matière, révélant les traces laissées sur les murs par le temps. Le tout crée une tension visuelle où chaque élément raconte une partie de l’histoire de Naples.
Enfin, Patricia a suivi une démarche personnelle et introspective. Inspirée par sa lecture du roman L’amie prodigieuse, elle a arpenté les ruelles du centre de Naples avec des images mentales issues du livre en tête. À travers ses photographies, elle tisse des liens entre ses impressions du moment et les souvenirs littéraires. Sa série reflète une vision intime et poétique de Naples, à la fois rêvée et ressentie, où se mêlent la réalité perçue et l’imaginaire.
Naples en noir et blanc
De mon côté, je voulais terminer en vous présentant une série photographique, amorcée également lors de ce second passage, et qui explore Naples sous un angle volontairement viscéral, brut, parfois même déroutant. En travaillant en noir et blanc, avec le format carré comme cadre imposé, j’ai cherché moins à sublimer qu’à ressentir, capturer et traduire une ville m’étant devenue familière mais restant insaisissable.
Choisir le noir et blanc, directement depuis mon X100F de chez Fujifilm et les simulations de film ACROS qu’il offre, c’est s’engager dans une esthétique dépouillée, où chaque détail est une question de contraste. Ici, les ombres avalent des pans entiers de réalité. Cette réduction chromatique pousse l’œil à aller à l’essentiel, à voir Naples dans ce qu’elle a de plus brut et de plus poétique, une ville de tension permanente entre l’ombre et la lumière, la beauté et la violence.
Le grain n’est pas un effet ; c’est une matière. Une trace. Une voix. Il raconte autant que les scènes elles-mêmes. Ce grain, visible et assumé, fait écho à la rugosité des murs, des corps, des rues marquées par le temps. En choisissant de travailler en JPEG, avec ses contraintes et ses surprises, j’ai volontairement laissé entrer l’imprévu dans l’image. Ce que Naples m’a offert à travers ce processus, ce sont des images imparfaites mais vivantes, pleines d’accidents qui révèlent une vérité plus viscérale que clinique.
Le format carré est une contrainte qui recentre, qui coupe l’inutile pour mieux révéler. Les images révèlent souvent une tension, parfois un moment arraché à la scène, incomplet, suggestif. Ce cadre impose de dialoguer avec ce qui échappe au regard autant qu’avec ce qui s’y impose. Naples, dans ce format, est tout sauf ordonnée.
Dans chaque image, la ville respire : ses symboles et ses aspérités se mêlent. Elle ne se donne jamais entièrement, chaque photo est une rencontre, un doute, une intensité. Une expérience de vie autant que de photographie.
Cette série n’a pas de prétention à la perfection. Elle ne cherche ni l’instant décisif ni l’épure formelle. Elle est un dialogue avec l’imprévisible, une exploration des interstices, des relents, de ce qui est montré et de ce qui ne l’est pas. Je n’exclue pas que ces images de Naples, éminemment personnelles, pourraient demain, peut-être, entrer en résonance avec d’autres lieux que nous continuons de visiter – Istanbul, Marseille – dans une mosaïque d’états d’esprit. Voilà une piste pour l’avenir.
Conclusion
Naples, c’est donc une ville pleine de contrastes, où tout semble un peu trop, mais juste assez. Les corps, les ombres, les scènes… tout ça compose un théâtre vivant qui ne laisse jamais indifférent.
Si cette vidéo vous a plu, n’oubliez pas de laisser un like, de partager vos impressions en commentaire. Pensez aussi à découvrir nos autres vidéos et à jeter un œil à nos formations, on retourne notamment à Naples pour un stage photo de 4 jours en mai prochain. Vous pouvez retrouver toutes les infos en description et sur notre site internet. Et en attendant de vous retrouver pour une nouvelle vidéo, on vous dit, à bientôt !
Jack Solle & Carolina Luna
Fondateurs de Préludes Photo, nous sommes férus de photographie de rue, de voyage et de paysage, et transmettons notre passion pour la narration visuelle à la croisée de nombreux chemins photographiques dans les formations que nous proposons en France et à l’étranger.